Deux salariés de la société Alcatel CIT, un directeur financier et un responsable du service des travaux d'entretien, avaient organisé des détournements de fonds résultant notamment de facturations fictives et de surfacturations à la société de travaux confiés à d'autres sociétés dans lesquelles ils avaient, pour certaines d'entre elles, des intérêts personnels.
Ce détournement est passé en perte fiscale mais l’administration , suivie par le TA et la CAA de Versailles, a refusé la déduction de cette charge sur le motif classique que ce détournement ne pouvait avoir été commis à l'insu de la société, et constituait un acte anormal de gestion .
Le Conseil d'État, en date du 5 octobre 2007, a désapprouvé la Cour de Versailles et a fondé son raisonnement sur le fait qu'il convenait de rechercher "si par leur comportement, délibéré ou par leur carence manifeste dans l'organisation du département et la mise en oeuvre des dispositifs de contrôle, contraires à l'intérêt de l'entreprise, ces dirigeants avaient été à l'origine, directe ou indirecte, des détournements en cause".
Les détournements de fonds commis par les salariés d'une société constituent donc une charge déductible des résultats de l'entreprise dès lors qu'ils ont été réalisés à l'insu de celle-ci, même s’ils sont apparus dans le cadre d’une faille dans l’organisation. Toutefois, la jurisprudence du Conseil d'Etat estime que, si les dirigeants avaient connaissance des détournements lorsqu'ils
ont été commis, ces derniers ne sont plus déductibles des résultats.
Il est à noter que si ces détournements ont été commis par un associé, fût-il minoritaire et/ou salarié de la société, le détournement n'est plus considéré comme une charge déductible, mais comme un prélèvement sur le bénéfice, lequel, par définition, n'est pas déductible du bénéfice. Il s'ensuit une double pénalisation de la société, puisqu'elle devra payer un impôt sur les sociétés sur des sommes qui lui ont été détournées.
CE, 3e et 8e sous-sections réunies, 5 oct. 2007, société Alcatel CIT, n°291-049
Sources : http://etudesfiscalesinternationales.blogspirit
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